20.02.2012

Axel Kahn candidat dans "la circonscription de la fraude"

Bertrand Delanoë et Axel Kahn devant le théâtre de la Huchette (5 arrondissement de Paris)

 

Le célèbre généticien va tenter sa chance dans les Ve VIe et VIIe arrondissements de Paris, une circonscription acquise à la droite que se disputent François Fillon et Rachida Dati.

Des Gobelins à la Tour Eiffel

Lundi matin au théâtre de la Huchette, l’un des lieux emblématiques du quartier latin, le généticien Axel Kahn a officialisé sa candidature dans la deuxième circonscription de Paris. Pour le soutenir, Bertrand Delanoë, maire de Paris était présent, ainsi que Pierre Joxe, ministre sous François Mitterrand et Premier Président d’honneur de la Cour des comptes.

Avant leur arrivée, Axel Kahn s’impatiente devant le théâtre où se joue La cantatrice chauve depuis plus de cinquante ans. "Il y a dix kilomètres d’un bout à l’autre de la circonscription", raconte-t-il à qui veut l’entendre, "Je vais la parcourir à pied, à la rencontre des électeursEt qui m’aime me suive !" s’enthousiasme l’ancien président de l’université Paris-Descartes.

"Circonscription de la fraude"

Intellectuel de renom, il a répondu positivement à la proposition de Bertrand Delanoë : tenter sa chance dans l’une des circonscriptions parisiennes les plus acquises à la droite. "Cette candidature fait honneur à Paris" commente Bertrand Delanoë en justifiant ce choix au nom de "l’éthique" et de "la vérité". "Lui, il ne cherchera pas d’électeurs dans des rues qui n’existent pas", poursuit-il dans une référence à peine voilée à l’affaire des faux électeurs dans laquelle Jean Tibéri, actuel maire du Ve arrondissement, a été condamné en 2009, en première instance.

"C’est la circonscription de la fraude" explicite Pierre Joxe, sur un ton plus direct. L’ancien ministre de l’Intérieur fustige le redécoupage électoral de 2010 qui a réuni l’ancienne circonscription de Jean Tibéri (Ve et VIe arrondissements) avec "l’arrondissement du recasement", le 7e arrondissement selon Pierre Joxe. L’avocat concentre ses attaques sur François Fillon : "Il ferait mieux de rester dans la Sarthe où il a été élu pendant trente ans", conseille-t-il au Premier ministre d’un air moqueur. Selon lui, la circonscription "des universités, des librairies […] de l’intelligence et du savoir" ne correspond pas à François Fillon, "habitué de la Sarthe". Autre critique évidente : l’ambition de François Fillon pour conquérir la mairie de Paris. "Axel n’a pas fait un plan de carrière en se présentant là", affirme fièrement Bertrand Delanoë.

Ivan Levaï et Gisèle Halimi

La biologiste Christine Petit et le journaliste Ivan Levaï interviennent aussi pour expliquer les raisons de leurs engagement auprès d’Axel Kahn. Alors que son frère, journaliste et membre du MoDem Jean-François Kahn est présent dans la salle, il se sent obligé de réaffirmer son engagement à gauche : "Je soutiendrai Anne Hidalgo" à la mairie de Paris si elle se présente confirme-t-il, en riant, sous le regard approbateur de Bertrand Delanoë.

Son comité de soutien, présidé par Robert Badinter, est à l’image de la carrière du candidat : quatre présidents d’universités parisiennes, des professeurs d’universités, dont plusieurs au Collège de France. L’écrivaine, figure du féminisme, Gisèle Halimi fait aussi partie de la longue liste. "Je veux mener un combat pour les femmes" confie Axel Kahn.

A 68 ans, le médecin "moraliste" souhaite faire une campagne sur le thème de l’engagement et de l’action publique. Ses priorités sont "le logement étudiant et la santé étudiante" ainsi que "le rayonnement culturel" de ces arrondissements qu’il veut porter au niveau national. Axel Kahn semble serein, joyeux en tout cas. Il a parié une caisse de champagne sur sa victoire. Plus nuancé il affirme devant les caméras : "François Fillon sera en ballotage, je vous l’assure".

Nicolas Sarkozy : "Le seul sujet c’est la France"

A Annecy, le chef de l’Etat a prononcé son premier discours en tant que candidat à la présidentielle.

Lors d’un meeting à Annecy jeudi soir, Nicolas Sarkozy a prononcé son premier discours en tant que candidat. Le Président de la République a d’abord adopté une posture "présidentielle" en évoquant la crise, les réformes qu’il a mis en œuvre et son bilan international.

Nicolas Sarkozy a eu quelques mots plus personnels en admettant avoir fait "des erreurs’. Il a aussi assuré avoir "beaucoup réfléchi" durant ces cinq ans.

Au fil du discours le Président s’est peu à peu "transformé" en candidat avec un ton plus offensif en visant ses adversaires : "Je savais qu’en proposant le référendum je m’attaquais à des castes", a-t-il dit, en visant ceux qui "ne se sont jamais présentés à une élection présidentielle". Nicolas Sarkozy a surtout attaqué François Hollande qui "ment aux Français en se disant libéral en Angleterre et contre la finance en France" .

Enfin le candidat s’est adressé à "la France", "le seul sujet de cette élection" selon Nicolas Sarkozy. Il s’est posé en candidat "de tous les Français" fustigeant le clivage gauche-droite : "Je ne m’adresserai pas à la gauche ou à la droite" et a particulièrement visé la "France du non".

Nicolas Sarkozy a conclu son discours par ses deux propositions déjà évoquées dans Le Figaro magazine : un référendum sur "l’indemnisation des chômeurs" et un autre sur la "Lutte contre l’immigration illégale".

Nicolas Sarkozy sera dimanche à Marseille pour un autre meeting. LCP retransmet en direct cet événement à partir de 15 heures.

13.02.2012

Après "TousHollande" ... "nousbayrou"

Le candidat du MoDem a lancé mardi son site internet de mobilisation.

François Bayrou n’était pas là. C’est donc son porte-parole, Yann Wehrling qui a présenté le nouvel "écosystème digital de campagne", plateforme numérique de mobilisation pour faire la campagne de François Bayrou. "Écosystème, c’est un mot qui me parle", justifie l’ancien Vert qui se considère comme "moins geek que protecteur de la nature". Il passe donc rapidement le relais à Jean-François Martins, directeur de la communication et Matthieu Lamarre, jeune directeur de la campagne numérique. Sur fond vert turquoise, les deux hommes commentent le powerpoint projeté au mur et télécommandé par un Iphone. Le tout ressemble aux décors des shows de présentation pour une nouvelle technologie.

Obama l’exemple

La nouvelle technologie de François Bayrou est "entièrement made in France" précise Jean-François Martins, dans un sourire, faisant référence au slogan de campagne de son candidat. Il s’agit d’une page web ajoutée au site internet lancé au mois de décembre, bayrou.fr. L’onglet "participer" permet à tous les volontaires qui s’inscrivent de s’engager "en quelques secondes et en deux clics" dans la campagne de François Bayrou. Une technique qui s’inspire largement de la campagne de Barack Obama en 2008. "J’ai réussi à ne pas prononcer son nom en 25 minutes de conférence de presse", se félicite le directeur de communication. Tout comme le site internet du PS présenté la semaine dernière au QG de campagne de François Hollande. Sauf que, à la différence de "Tous Hollande"’, le site internet de François Bayrou ne propose pas d’aller faire du porte-à-porte."Mais cela peut venir", rétorque Matthieu Lamarre, très au courant des sites internet de ses concurrents.

"Des décibels pour faire du bruit dans la campagne"

Sur bayrou.fr/volontaires, les actions de campagne consistent à imprimer un tract, suivre François Bayrou sur les réseaux sociaux, passer un coup de fil à un proche pour lui parler du programme ou encore assister à une réunion publique. Pour chaque action réalisée, le sympathisant récolte des décibels. Plus on a de décibels, plus on "fait du bruit dans la campagne" explique Matthieu Lamarre. Les plus actifs se verront décerner des badges virtuels, sortes de "trophées d’engagement" comme les décrit le responsable. "On a voulu faire quelque chose de simple et de ludique" relate-t-il, "tout en préservant la liberté de chaque internaute". Un système qui, comme celui de TousHollande, mise sur l’engagement à la carte et sur le pouvoir de diffusion par le web par tout un chacun.

Le budget du volet web de la campagne est pour l’instant de 600 000 euros. "Comme en 2007", il ne dépassera pas les 700 000 euros assurent les organisateurs soit 10% du budget global de la campagne de François Bayrou. Au PS aussi 10% du budget sont consacrés à la campagne web de François Hollande, qui s’élève, elle, à 2 millions d’euros.

"Les 100 premiers jours" de Hollande vus par Michel Rocard

Lors d’un colloque organisé par le think tank "Inventer à gauche", l’ancien Premier ministre délivre ses conseils pour un début de mandat réussi par la gauche.

Mardi soir à l’Assemblée nationale Michel Rocard était l’invité du club de réflexion "Inventer à gauche", présidé par Michel Destot, député-maire de Grenoble. Le thème de la soirée : "Les 100 premiers jours de François Hollande" s’il est élu président de la République.

Au premier étage du Palais Bourbon, dans une petite salle comble, l’ancien Premier ministre de François Mitterrand joue la carte de la sincérité. "On n’est pas dans un cercle de formation propagandiste qui répèterait les discours de campagne" prévient Michel Rocard avant de commencer son exposé, sans langue de bois." L’hypothèse de croissance sur laquelle se fonde François Hollande n’est pas plausible" affirme-t-il dès les premières phrases de son intervention.

Stupeur dans la salle. Chiffres à l’appui, Michel Rocard démontre que les taux de croissance prévus par François Hollande pour élaborer son programme sont "en désaccord avec les structures statistiquement informées", l’OCDE et l’INSEE. " Ce n’est pas lui que j’engueule c’est le parti ," corrige Michel Rocard tout en reconnaissant "l’inconfort électoral" de cette contradiction. Pire, Michel Rocard est persuadé que le pic de la crise est à venir et que la "bourrasque financière" pourrait même intervenir pendant la campagne électorale. "Ce qui mettrait François Hollande en grande difficulté".

Grand-père caution

Le constat dressé, Michel Rocard s’emploie malgré tout à dispenser ses conseils pour les 100 premiers jours du mandat de François Hollande. Selon lui, la priorité est la crise qu’il faudra expliquer aux Français, mais pas question de commencer les réformes de structures dès les 100 premiers jours. "Je retarderais volontiers l’offensive fiscale", propose-t-il, prudent. Et Michel Rocard de privilégier plutôt les mesures symboliques et à faible coût. "Il faut faire la toilette des textes scandaleux sur l’immigration et la nationalité", "Ça va vite, c’est moral et on n’oublie pas l’essentiel" justifie-t-il, en héritier de Machiavel.

Autre mesure clé : mettre en place un système de caution publique pour les locataires qui n’arrivent pas à se loger. "J’ai 15 petits enfants et qu’est-ce que je signe comme cautions !", témoigne, réaliste et touchant, le grand-père socialiste.

A gauche toute !

Michel Rocard, pourtant père d’un courant réformateur au PS, s’en prend surtout "au pouvoir des banques". Dans une diatribe contre le capitalisme, il plaide pour le plafonnement des rémunérations des grands patrons, la séparation des activités de dépôt et de spéculation des banques, la déconnexion avec les paradis fiscaux et la suppression des stocks options.

" Vous êtes nombreux à m’avoir pris pour un socialiste de droite hein ? " plaisante-t-il en s’adressant à la salle. "Il faut casser l’intérêt bancaire", poursuit-il, " Ça va être la lutte des classes ! " L’audience semble surprise par un tel vocable dans la bouche d’un ancien social démocrate assumé. Michel Rocard s’en explique immédiatement, : "Je suis désolé de parler comme ça, j’ai mis du temps…" reconnaît-il dans un sourire avant de reprendre, sérieux : "Mais il n’y a plus le choix".

Rocardisme

Autre chantier de fond qui lui tient à cœur : l’écologie. L’actuel ambassadeur de France aux pôles Nord et Sud préconise de nouvelles formes de négociations au niveau global et soutient toujours la Taxe carbone qu’il a élaborée pour Nicolas Sarkozy en 2009. Il est en revanche très critique sur l’accord PS-Verts signé à l’automne dernier qui "ne prévoit même pas d’arrêt du nucléaire militaire". Adversaire de la décroissance, il défend le nucléaire civil, "seule solution avant que les énergies renouvelables ne soient rentables". Provocateur, il ne peut s’empêcher de rappeler qu’ on attend toujours le premier mort de Fukushima par radiation ", tout en précisant, dans un élan de réalisme très rocardien : "Ça, on n’en parle pas pendant la campagne ! "

 

 

http://www.rue89.com/rue89-presidentielle/2012/02/10/rocard-les-hypotheses-de-croissance-de-hollande-ne-sont-pas

"Les 100 premiers jours" de Hollande vus par Michel Rocard

Lors d’un colloque organisé par le think tank "Inventer à gauche", l’ancien Premier ministre délivre ses conseils pour un début de mandat réussi par la gauche.

Mardi soir à l’Assemblée nationale Michel Rocard était l’invité du club de réflexion "Inventer à gauche", présidé par Michel Destot, député-maire de Grenoble. Le thème de la soirée : "Les 100 premiers jours de François Hollande" s’il est élu président de la République.

Au premier étage du Palais Bourbon, dans une petite salle comble, l’ancien Premier ministre de François Mitterrand joue la carte de la sincérité. "On n’est pas dans un cercle de formation propagandiste qui répèterait les discours de campagne" prévient Michel Rocard avant de commencer son exposé, sans langue de bois." L’hypothèse de croissance sur laquelle se fonde François Hollande n’est pas plausible" affirme-t-il dès les premières phrases de son intervention.

Stupeur dans la salle. Chiffres à l’appui, Michel Rocard démontre que les taux de croissance prévus par François Hollande pour élaborer son programme sont "en désaccord avec les structures statistiquement informées", l’OCDE et l’INSEE. " Ce n’est pas lui que j’engueule c’est le parti ," corrige Michel Rocard tout en reconnaissant "l’inconfort électoral" de cette contradiction. Pire, Michel Rocard est persuadé que le pic de la crise est à venir et que la "bourrasque financière" pourrait même intervenir pendant la campagne électorale. "Ce qui mettrait François Hollande en grande difficulté".

Grand-père caution

Le constat dressé, Michel Rocard s’emploie malgré tout à dispenser ses conseils pour les 100 premiers jours du mandat de François Hollande. Selon lui, la priorité est la crise qu’il faudra expliquer aux Français, mais pas question de commencer les réformes de structures dès les 100 premiers jours. "Je retarderais volontiers l’offensive fiscale", propose-t-il, prudent. Et Michel Rocard de privilégier plutôt les mesures symboliques et à faible coût. "Il faut faire la toilette des textes scandaleux sur l’immigration et la nationalité", "Ça va vite, c’est moral et on n’oublie pas l’essentiel" justifie-t-il, en héritier de Machiavel.

Autre mesure clé : mettre en place un système de caution publique pour les locataires qui n’arrivent pas à se loger. "J’ai 15 petits enfants et qu’est-ce que je signe comme cautions !", témoigne, réaliste et touchant, le grand-père socialiste.

A gauche toute !

Michel Rocard, pourtant père d’un courant réformateur au PS, s’en prend surtout "au pouvoir des banques". Dans une diatribe contre le capitalisme, il plaide pour le plafonnement des rémunérations des grands patrons, la séparation des activités de dépôt et de spéculation des banques, la déconnexion avec les paradis fiscaux et la suppression des stocks options.

" Vous êtes nombreux à m’avoir pris pour un socialiste de droite hein ? " plaisante-t-il en s’adressant à la salle. "Il faut casser l’intérêt bancaire", poursuit-il, " Ça va être la lutte des classes ! " L’audience semble surprise par un tel vocable dans la bouche d’un ancien social démocrate assumé. Michel Rocard s’en explique immédiatement, : "Je suis désolé de parler comme ça, j’ai mis du temps…" reconnaît-il dans un sourire avant de reprendre, sérieux : "Mais il n’y a plus le choix".

Rocardisme

Autre chantier de fond qui lui tient à cœur : l’écologie. L’actuel ambassadeur de France aux pôles Nord et Sud préconise de nouvelles formes de négociations au niveau global et soutient toujours la Taxe carbone qu’il a élaborée pour Nicolas Sarkozy en 2009. Il est en revanche très critique sur l’accord PS-Verts signé à l’automne dernier qui "ne prévoit même pas d’arrêt du nucléaire militaire". Adversaire de la décroissance, il défend le nucléaire civil, "seule solution avant que les énergies renouvelables ne soient rentables". Provocateur, il ne peut s’empêcher de rappeler qu’ on attend toujours le premier mort de Fukushima par radiation ", tout en précisant, dans un élan de réalisme très rocardien : "Ça, on n’en parle pas pendant la campagne ! "